Les débuts audacieux d’un passionné : comment devenir journaliste de jeu vidéo à 16 ans ?
Le parcours de Julien Chièze, aujourd’hui à la tête de la chaîne YouTube numéro 1 sur l’actualité du jeu vidéo en France, est une véritable leçon pour quiconque souhaite vivre de sa passion. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, son histoire ne commence pas avec YouTube, mais bien 25 ans plus tôt, avec une audace et une détermination rares pour un adolescent de 16 ans. Alors, comment un jeune lycéen a-t-il pu intégrer la rédaction d’un des plus grands magazines de jeux vidéo de l’époque ?
La lettre de motivation qui a tout changé
Tout a commencé par une candidature spontanée, un soir de Noël 1996. Julien raconte : « J’ai commencé, j’avais 16 ans. J’ai écrit ma lettre de motivation le soir de Noël, je crois que c’était en 96. Je l’ai envoyée aux magazines que moi je suivais à l’époque : Player One, Console Plus, Joypad. » Si Console Plus lui a opposé une fin de non-recevoir, la réponse de Joypad fut bien différente : « ils m’ont dit oui, bah écoute passe à la Redac ». Un simple test concluant et le voilà en train de rédiger son premier article sur Suikoden, le RPG de Konami.
Mais qu’est-ce qui a bien pu différencier sa lettre de la pile de candidatures reçues par le magazine ? « J’ai posé la question quelques années plus tard effectivement au rédacteur en chef », confie Julien. La réponse est surprenante. Alors que le magazine ne recrutait pas de lycéens, deux éléments ont retenu leur attention. Le premier était un gage de proactivité. Le second était plus inattendu : « J’ai dit ‘bah voilà, moi j’ai fait les scouts et je suis le frère aîné de deux sœurs, donc le sens des responsabilités, je connais’. » Une touche d’originalité et de maturité qui a piqué leur curiosité. « Ils ont dû se dire ‘C’est qui ce mec là ?’ », s’amuse-t-il. Cette anecdote illustre parfaitement qu’une approche authentique et un peu décalée peut faire toute la différence.
Le fanzine : la preuve par l’action
L’autre élément déterminant de sa candidature était la preuve tangible de sa motivation. Avant même de postuler, Julien avait déjà créé son propre fanzine, un magazine amateur nommé « Burning Paper ». « Je l’imprimais et tout, je le ramenais à mes potes à l’école, tu vois j’avais vraiment envie de le faire, je faisais la maquette, je faisais tout déjà à l’époque. » C’est cet engagement qui a fait la différence. Comme le souligne l’hôte du podcast, « il y a beaucoup de gens qui disent qu’ils veulent faire des choses et il y en a peu de gens qui les ont vraiment faites. »
À une époque sans les outils numériques actuels, la démarche était un véritable défi logistique. « Moi j’avais pas d’ordinateur à la maison, tu vois. Donc on devait aller, j’allais chez au bureau de ma maman, […] j’allais dans un truc pour tu sais les photocopier 10 exemplaires. » Cette initiative démontre une passion brute, une volonté de créer du contenu sur le jeu vidéo bien avant que cela ne devienne un métier. C’est une leçon fondamentale pour quiconque aspire à percer dans un domaine créatif : l’action précède souvent l’opportunité.
De la presse papier à Gameblog : l’ère du podcast artisanal
Après ses débuts dans la presse écrite, une étape majeure de la carrière de Julien Chièze fut la co-fondation de Gameblog.fr en 2007, qui est devenu l’un des plus gros sites d’information sur le jeu vidéo en France. C’est sur cette plateforme qu’il a exploré un format alors naissant : le podcast. Une expérience qui, là encore, était portée par une énergie artisanale et passionnée.
Une passion partagée qui inspire
Le podcast Gameblog, pionnier en France, était avant tout une affaire de passionnés. L’objectif était simple, comme le résume l’hôte : « tu avais envie d’avoir une personne qui te rappelle pourquoi tu kiffes le truc et qui partage la passion. » C’était un format qui tranchait avec les magazines papier, plus formels. On y retrouvait une bande de potes discutant de leur amour pour le jeu vidéo, avec un recul et un historique que les plus jeunes auditeurs n’avaient pas forcément.
Cette approche a marqué toute une génération, y compris l’animateur de Marketing Mania qui avoue : « C’est toi qui m’avais à l’époque inspiré à faire des podcasts. » L’authenticité et l’ambiance décontractée étaient la marque de fabrique de ces émissions. Julien confirme cet esprit avec une anecdote croustillante : « On parlait d’artisanat, ces podcasts pendant des années et des années, ils s’étaient faits sur ma table à repasser. Vraiment, ça te donne un petit peu le niveau artisanal du truc. Mais ça, ça en faisait du charme. »
L’importance de l’expérience et de l’historique
Avant de devenir une figure du web, Julien a accumulé une expérience précieuse dans des médias plus traditionnels. « Il y a juste une étape entre qui à mon sens est importante pour expliquer le après du YouTube, c’est que j’ai quand même fait 11 ans de télé. » Cette longue période, notamment sur Game One, l’a habitué à l’exercice de la caméra. « J’ai été habitué à parler devant une caméra, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et quand tu veux faire des vidéos plus tard, ça aide. » C’est d’ailleurs cette expérience qui l’a naturellement désigné comme l’animateur principal des podcasts de Gameblog. Il n’y avait pas de prédisposition, mais un apprentissage sur le tas, renforcé par des années de pratique.
Percer sur YouTube : une transition inattendue mais fulgurante
En 2017, après dix ans à la tête de Gameblog, Julien Chièze se lance sur YouTube. Un timing que beaucoup considéraient comme tardif dans un univers du gaming déjà bien établi. Pourtant, cette nouvelle aventure, loin d’être un échec, l’a propulsé au sommet. Comment a-t-il réussi à percer sur YouTube alors que le terrain semblait déjà conquis ? La réponse réside dans un mélange de hasard, d’écoute de sa communauté et d’une proposition de valeur unique.
Se lancer sur YouTube tardivement : un pari non calculé
Contrairement à une stratégie mûrement réfléchie, la création de sa chaîne YouTube s’est faite presque par accident. « Pour te dire à quel point c’était pas réfléchi, quand j’ai fait bon, OK, j’ai découvert qu’en fait j’avais déjà une chaîne YouTube qui datait de 2011, » explique-t-il. Poussé par des amis, il publie une première vidéo pour annoncer son départ de Gameblog, sans réelle intention de continuer. Mais face à l’afflux de messages de soutien et sur l’insistance de sa femme Carole, il décide de couvrir le salon de l’E3 en direct. Le succès est immédiat et dépasse toutes ses attentes : « Moi, je m’attendais à ce qu’il y ait 500 personnes, 1000 personnes qui nous suivent et en simultané, il y avait plus de 12 000 personnes. J’ai fait ‘Ah d’accord.’ Et en fait, bah c’est comme ça que c’est parti. »
Trouver son créneau : l’actualité quotidienne du jeu vidéo
À son arrivée en 2017, le paysage du jeu vidéo sur YouTube était dominé par les Let’s Play et les formats de divertissement. Julien a identifié un manque : « Il y avait pas tant l’actualité quotidienne du jeu vidéo. C’est-à-dire avec un rythme que moi j’appelle un rythme magazine. » Il a donc transposé son expertise de journaliste pour offrir chaque jour une analyse de l’actualité, des tests, des critiques et des interviews. Ce positionnement clair, axé sur l’information et le décryptage, lui a permis de se différencier et de fidéliser une audience en quête d’un contenu plus approfondi. Il a ainsi créé un nouveau créneau qui a depuis été imité, prouvant la pertinence de sa vision.
Comment un créateur de contenu peut-il rivaliser avec les médias traditionnels ?
L’un des aspects les plus spectaculaires du parcours de Julien Chièze est sa capacité, en tant que créateur indépendant, à rivaliser avec des structures médiatiques employant des centaines de personnes, comme jeuxvideo.com. Ce phénomène illustre une transition majeure dans le paysage médiatique, similaire à celle que la presse papier a connue avec l’arrivée d’internet.
La convergence de toutes les expériences
La force de Julien réside dans sa capacité à synthétiser 25 ans d’expériences diverses. Sa chaîne YouTube est la convergence de tout ce qu’il a appris. « Dans la presse papier, j’adorais aller avec les maquettistes, regarder comment ils faisaient Photoshop. […] Le web m’a appris aussi la réactivité. […] La télé où je produisais des émissions, j’aidais à les produire, à gérer des équipes. » Chaque étape de sa carrière, de la presse écrite à la télévision en passant par la radio et le web, a ajouté une corde à son arc. Il gère aujourd’hui sa chaîne comme une mini-entreprise médiatique, maîtrisant la production, l’animation, la planification et la réactivité, une polyvalence que les grandes structures peinent parfois à atteindre.
Un nouveau pivot dans le paysage médiatique du jeu vidéo
Julien Chièze est convaincu d’être au cœur d’une nouvelle révolution. « J’ai l’impression que doucement mais sûrement, on est en train de connaître de nouveau un moment un peu pivot comme la presse papier l’a connu avec l’émergence des sites web. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les grands événements comme l’E3 ou les conférences de présentation de consoles, sa chaîne attire des audiences supérieures à celles des grands sites historiques. « Le reveal de la PS5, on avait plus de 100 000 connectés en simultané, » précise-t-il. Ce succès se traduit par une reconnaissance croissante de l’industrie, qui lui accorde de plus en plus d’exclusivités françaises, autrefois réservées aux médias établis. « Ce shift, je le sens, je le vois, » affirme-t-il, prouvant qu’un créateur de contenu jeu vidéo peut aujourd’hui avoir une influence et une portée considérables.
Vivre de sa passion : le moteur d’une carrière de 25 ans
Si un fil rouge traverse toute la carrière de Julien Chièze, c’est bien la passion. Un terme parfois galvaudé, mais qui, dans son cas, est le véritable carburant qui lui permet de maintenir un rythme de publication effréné et de se réinventer constamment depuis plus de deux décennies.
La passion, un carburant inépuisable
Face à un métier qui l’oblige à jouer et à parler de jeux vidéo quotidiennement, la question de la lassitude est légitime. La réponse de Julien est sans équivoque : non. « Qu’est-ce qui te fait te lever tous les matins ? Moi ça fait 25 ans que j’ai la chance de faire ce métier. […] Bah c’est parce que j’aime profondément ça. » Cette passion n’est pas feinte ; elle est le moteur qui lui donne l’énergie de décortiquer et décrypter une industrie en perpétuel mouvement. C’est cette même énergie qui transparaît dans ses vidéos et qui crée un lien fort avec son audience. Il reçoit des personnalités prestigieuses comme Hironobu Sakaguchi, le créateur de Final Fantasy, et avoue : « je peux te dire j’étais comme un enfant. » C’est cette flamme intacte qui lui permet de ne jamais tomber dans la routine.
Apprendre constamment pour ne jamais s’ennuyer
Pour maintenir la passion dans son métier, le secret de Julien est simple : ne jamais cesser d’apprendre. Il se décrit comme quelqu’un qui « aime porter des pantoufles chez soi, mais pas au bureau. » Le confort professionnel ne l’intéresse pas ; il préfère prendre des risques, tester de nouvelles choses, quitte à se tromper. « J’ai eu des échecs dans ma carrière, j’en aurai sûrement d’autres. […] Je trouve que ça jalonne aussi, c’est des moments où potentiellement tu te remets plus en cause aussi. » Cette philosophie est essentielle pour durer. « J’ai toujours pensé que le moment où tu apprenais plus ou plus trop, c’était le moment où il fallait commencer à imaginer autre chose et bouger. » C’est cette quête constante de nouveauté et d’apprentissage qui lui a permis de passer de la presse écrite au web, puis à YouTube, en restant toujours pertinent et, surtout, passionné.
Foire Aux Questions (FAQ)
Comment Julien Chièze a-t-il débuté dans le journalisme de jeu vidéo ?
Réponse directe : Julien Chièze a débuté à 16 ans en envoyant une candidature spontanée audacieuse au magazine Joypad. Sa proactivité, démontrée par la création de son propre fanzine, et l’originalité de sa lettre de motivation lui ont permis de décrocher un test et son premier article.
Citation de preuve : « J’ai commencé, j’avais 16 ans. J’ai écrit ma ma lettre de motivation le soir de Noël […] j’ai reçu une réponse de de Joypad, ils m’ont dit oui, bah écoute passe à la Redac et cetera et donc j’ai fait un petit test. visiblement, ça a été concluant et et mon tout premier test et ben c’est Suden. »
Quelle est la clé pour se faire remarquer avec une candidature spontanée ?
Réponse directe : Pour se faire remarquer, il est crucial de montrer ce que l’on a déjà accompli, même à petite échelle, comme un fanzine. Il faut également oser une approche personnelle et authentique dans sa lettre pour sortir du lot et susciter la curiosité du recruteur.
Citation de preuve : « Dans ma lettre, alors déjà j’avais fait un zine perso. […] Et dans ma lettre, je sais qu’il y a un truc qui a fait peut-être la différence […] c’est j’ai dit ‘bah voilà, moi j’ai fait les scouts et je suis le frère aîné de de deux sœurs. donc le sens des responsabilités, je connais’. »
Est-il trop tard pour percer sur YouTube dans le domaine du jeu vidéo ?
Réponse directe : Non, le parcours de Julien Chièze montre qu’il est possible de percer sur YouTube même en arrivant tardivement. La clé est de trouver un angle ou un créneau non exploité, comme il l’a fait avec l’actualité quotidienne du jeu vidéo, plutôt que de copier les formats existants.
Citation de preuve : « À cette époque-là en 2017 le jeu vidéo c’était surtout utilisé pour faire des Let’s Play […] mais il y avait pas tant l’actualité quotidienne du jeu vidéo. C’est-à-dire avec un rythme que moi j’appelle un rythme un magazine. »
Comment Julien Chièze a-t-il réussi à rivaliser avec les grands médias ?
Réponse directe : Il a réussi en capitalisant sur ses 25 ans d’expérience (presse, TV, web) et en offrant une réactivité et une analyse que les grandes structures peinent à égaler. Son audience lors des grands événements dépasse souvent celle des sites établis, ce qui lui donne accès à des exclusivités.
Citation de preuve : « Sur chaque couverture de grands événements, […] on a toujours été en audience pure plus haut que bah les gros sites classiques d’actualité de jeux vidéos bien établis alors que nous on est au fin fond de YouTube. »
Quel est le secret pour maintenir un rythme de publication élevé sur YouTube ?
Réponse directe : Le principal moteur pour maintenir un rythme de publication élevé est une passion profonde et authentique pour son sujet. C’est cette passion qui fournit l’énergie nécessaire pour couvrir l’actualité au quotidien et se lever chaque matin avec l’envie de créer.
Citation de preuve : « Qu’est-ce qui te fait te lever tous les matins ? Moi ça fait 25 ans que que j’ai la chance de faire ce métier. […] Bah c’est parce que j’aime profondément ça. »
Comment conserver sa passion quand elle devient un métier ?
Réponse directe : Pour conserver sa passion, il est essentiel de ne jamais cesser d’apprendre, de prendre des risques et d’éviter le confort. Se remettre en question et chercher constamment de nouveaux défis permet de maintenir la flamme intacte et d’éviter la routine.
Citation de preuve : « J’ai toujours pensé que le moment où tu apprenais plus ou plus trop, c’était le moment où il fallait commencer à imaginer autre chose et et et bouger. »
Quelle a été l’importance de ses expériences passées (TV, radio) pour sa chaîne YouTube ?
Réponse directe : Ses 11 ans de télévision et ses expériences en radio ont été fondamentales. Elles lui ont appris à être à l’aise devant une caméra, à animer, à gérer la production et à comprendre les différents formats médiatiques, faisant de sa chaîne YouTube la synthèse de toutes ses compétences.
Citation de preuve : « J’ai quand même fait 11 ans de télé. Et […] je pense aussi quelque part, tu vois que les les choses qui m’ont amené à YouTube bah j’ai été habitué à parler devant une caméra quoi. […] YouTube, en fait, je trouve que aujourd’hui c’est un peu la convergence de tout ce que j’ai appris. »
Comment le paysage médiatique du jeu vidéo a-t-il évolué ?
Réponse directe : Le paysage médiatique connaît une transition majeure où les créateurs de contenu sur YouTube et Twitch deviennent des sources d’information principales, rivalisant et parfois surpassant les sites web traditionnels en termes d’audience et d’influence, un peu comme le web a supplanté la presse papier.
Citation de preuve : « J’ai l’impression que doucement mais sûrement, on est en train de connaître de nouveau un moment un peu pivot comme la presse papier l’a connu avec l’émergence des sites web. »




