La réalité de l’entrepreneuriat : 10 ans pour développer son business en ligne
Le parcours d’un entrepreneur est rarement une ligne droite vers le succès. C’est une histoire qui s’écrit sur la durée, avec ses hauts, ses bas, et surtout, beaucoup de patience. Comme l’explique Stan, l’animateur du podcast Marketing Mania, l’idée de suivre Alexandre Bortolotti de WP Marmite tous les deux ans est de « combattre ce côté un peu cliché du milieu de l’entrepreneuriat, vous avez des gens qui sortent de nulle part, qui ont une success story […], et tout d’un coup, ils ont réussi tout et c’est des génies. » La réalité est que monter un business sur le web prend du temps, des années et des années.
Alexandre, qui approche des 10 ans de travail sur WP Marmite, confirme cette vision. Quand on lui demande son recul sur cette décennie, il répond : « Ouais, 10 ans, bah on dit souvent ça, tu sais, avec quand tu regardes des vidéos d’inspiration ou d’entrepreneur, ouais, il faut mettre 10 ans avant que ça commence à donner des résultats et tout ça. Et bah effectivement, 10 ans, c’est passé super vite, mais que de chemin parcouru depuis que j’étais un tout petit blogueur qui faisait des articles pourris. » Ce temps lui a permis d’acquérir une véritable expertise et une sensibilité accrue en matière de contenu, que ce soit pour des articles, des vidéos ou des formations.
Cette progression est constante. Chaque année a été meilleure que la précédente, même si la croissance n’a pas toujours été explosive. Il y a eu des paliers, et même un petit creux en 2014 lorsque son trafic s’est écroulé, mais la tendance globale est restée positive. Le résultat est tangible : « en juillet de cette année, juillet 2020, tu avais fait plus du coup que toute l’année 2016 », rappelle Stan. Cette croissance du chiffre d’affaires permet de réinvestir pour continuer à développer le blog et l’équipe qui l’entoure.
Le grand saut : pourquoi et comment recruter son premier salarié
Alors que WP Marmite fonctionnait déjà avec une équipe d’une dizaine de freelances, un changement majeur est intervenu récemment : l’embauche du premier salarié en CDI. Cette décision marque une étape cruciale dans la structuration et l’ambition de l’entreprise.
Du freelance au CDI : le déclic pour lancer son site en anglais
La principale motivation derrière cette embauche est un projet d’envergure : l’internationalisation. Alexandre avait une vision claire : « Je voulais créer un monstre, tu vois. Je voulais développer le site vraiment et un des objectifs, c’est de le lancer à l’international. » Or, un tel projet demande des ressources et une implication que le modèle freelance ne pouvait plus suffire à combler.
Les premières tentatives de traduction se sont avérées décevantes. « On a commencé un petit peu à faire ça à l’arrache, OK, on prend de la traduction machine, on l’améliore avec des prestataires, mais ces prestataires là n’ont pas forcément la sensibilité WordPress, n’ont pas forcément la voix du blog. » Pour être à la hauteur de ses ambitions et créer une « bête de site en anglais », il fallait quelqu’un d’intégré, à plein temps. « Il fallait vraiment trouver quelqu’un qui puisse intégrer l’équipe, qui soit là 35 heures par semaine et qui aide à développer le truc vraiment sérieusement. » C’est ainsi que la personne recrutée est aujourd’hui entièrement focalisée sur le développement du côté anglophone.
Gérer le risque financier : un pari sur l’avenir
Ce recrutement représente un risque financier non négligeable. « Le côté anglais pour l’instant rapporte zéro », avoue Alexandre. C’est la rentabilité du marché français qui permet de financer cette expansion. C’est un investissement pur, basé sur la conviction que la qualité finira par payer. Les premiers retours des lecteurs anglophones sont encourageants : « le peu de commentaires qu’on a eu de gens en anglais nous disent waouh, à chaque fois que je vais sur ce site, c’est vraiment top, j’apprends des trucs. »
Alexandre voit cet investissement comme une plantation de graines pour l’avenir. Il n’a pas de plan B, mais une confiance totale dans le processus. « Quand tu fais tes petits calculs, tu te dis ça va prendre combien de temps pour rentabiliser ton investissement ? » demande Stan. Alexandre estime qu’il « faudra bien un an », mais insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’autre voie : « le truc c’est qu’il y a pas de plan B, tu vois, c’est que je l’ai embauché, il faut qu’au fur et à mesure des contenus, la mayonnaise va prendre. » L’objectif est de répliquer la stratégie française : créer une vraie relation avec l’audience, au-delà de la simple affiliation.
L’engagement total, clé du succès pour s’internationaliser
Stan souligne un point paradoxal mais essentiel : « paradoxalement, tu as fait le bon choix de faire un engagement financier fort. » Le plus grand risque dans ce type de projet est de le faire à moitié. En investissant dans une personne à plein temps, qui a « vraiment le cerveau à mettre dessus », les chances de succès sont démultipliées par rapport à un bricolage avec des prestataires à temps partiel. « Il vaut mieux payer une personne en CDI full time qui va s’en occuper, que de le faire à moitié et dépenser 1500 € par mois pour traduire tes articles […] et finalement ça décolle jamais. »
Mettre en place un processus de traduction efficace et qualitatif
Traduire des articles de 3000 à 4000 mots, remplis de tutoriels et de références culturelles, est un défi de taille. WP Marmite a dû structurer un processus robuste pour y parvenir.
Notre méthode pour traduire des milliers de mots sans perdre l’âme du blog
Le processus de traduction a été affiné avec le temps. Alexandre explique : « notre process en fait, c’est un petit peu le même qu’on faisait avant […], nous on passe par un service qui s’appelle DeepL, qui fait de la trad machine donc ça nous fait une première passe. » Ensuite, Cynthia, la nouvelle recrue, relit et optimise le tout. Son rôle est crucial pour corriger les traductions littérales d’expressions françaises et les adapter à un public américain. « Il faut mettre des trucs équivalents qui correspondent et qui passent vraiment bien en anglais américain pour le coup. »
Le travail ne s’arrête pas au texte. Il faut aussi « se retaper toutes les captures d’écran en anglais » et adapter les éléments culturels. Un exemple frappant : un gif du film « Le Dîner de Cons » utilisé pour illustrer le droit d’auteur. « On peut pas le caler en anglais parce qu’ils connaissent pas Le Dîner de Cons. Donc il faut qu’on trouve une image, quelque chose sur le droit d’auteur qui puisse faire marrer un petit peu les gens. » C’est ce souci du détail qui, à terme, fera la différence.
Le rôle du fondateur : donner les clés et faire confiance
Dans ce nouveau projet, le rôle d’Alexandre a évolué. Il n’est plus l’exécutant principal. Concernant son implication sur la partie anglophone, il est clair : « Moi vraiment je lui ai montré un petit peu, je lui ai donné limite, je lui ai filé les clés et puis je lui ai dit voilà, voilà comment ça fonctionne et puis voilà maintenant tu as totale confiance. » Cette autonomie et cette confiance sont des piliers de son management. « J’ai insisté dans le process de recrutement sur le fait de donner la confiance dès le début, pas être là à micro-manager, ça sert à rien. » Pour matérialiser cette confiance, il lui a confié la rédaction et l’envoi de la première newsletter en anglais, validant ainsi son rôle et sa responsabilité.
Manager une équipe à distance : entre autonomie et accompagnement
Avec une dizaine de personnes travaillant en télétravail, la gestion d’équipe et la communication sont des enjeux centraux pour développer son business en ligne.
Le rythme de communication : rituels hebdomadaires et points trimestriels
L’équilibre entre autonomie et accompagnement est délicat. Pour le maintenir, WP Marmite a mis en place des rituels clairs. « Tous les lundis, on se fait un petit point sur les tâches qu’on prévoit de faire au cours de la semaine. » Ce point se fait de manière asynchrone sur Slack, où chacun partage sa liste de tâches. « Et tous les vendredis à 14h, débrief et on dit voilà, j’ai avancé sur ça, j’ai eu un petit souci sur ça. »
Cet échange hebdomadaire est complété par l’utilisation d’un outil de gestion de projet, Asana, qui centralise toutes les tâches. En plus de cette communication récurrente, Alexandre organise un appel individuel avec chaque membre de l’équipe tous les trimestres « pour faire le point, voir ce qui se passe bien, ce qui se passe moins bien. » Ce système permet de garder tout le monde aligné tout en préservant une grande autonomie.
Déléguer la création de contenu : le cœur du réacteur
Le défi le plus complexe pour un créateur de contenu est de déléguer la partie créative, le cœur de sa proposition de valeur, sans perdre en qualité ni en authenticité.
Comment trouver et former des rédacteurs qui partagent votre expertise
Déléguer la création de contenu pour un blog aussi spécialisé que WP Marmite est un challenge. « C’est pas forcément facile de trouver des gens qui ont une expertise WordPress et qui savent bien écrire aussi, tu vois. » Certains rédacteurs sont bons techniquement mais n’ont pas l’aspect storytelling qui fait la marque de fabrique du site. Pour pallier cela, l’équipe a mis en place un processus rigoureux et un document clé : le « guide du rédacteur ».
Ce guide reprend toutes les bonnes pratiques et structure la production. Le processus est le suivant : une phase de recherche approfondie sur le sujet, la proposition d’un plan détaillé, la validation de ce plan, et enfin la rédaction. « On regarde tout ce qui existe sur un sujet en particulier en français et en anglais et puis on essaie de pondre la meilleure ressource par rapport à tout ça. » Ce cadre permet de garantir une qualité constante, même avec différents rédacteurs.
L’évolution du fondateur : d’auteur principal à chef d’orchestre
Avec cette structuration, le rôle d’Alexandre a profondément changé. Il n’écrit quasiment plus d’articles. « Je suis plus là en coulisse à orchestrer le tout, tu vois, à donner des retours, à améliorer un petit peu, mais je suis un petit peu moins sur le devant de la scène. » Il a dû apprendre à déléguer même la relecture, une tâche qu’il était le seul à faire auparavant, ce qui le mettait « sous l’eau ».
Cette transition l’amène à réfléchir à l’avenir de la marque. « La marque WP Marmite est assez liée à moi, mais je me dis de plus en plus qu’il faudrait qu’elle soit juste WP Marmite. » Pour grossir, la marque ne peut pas dépendre d’une seule personne. Que ce soit pour les vidéos YouTube ou le futur contenu anglais, il envisage que d’autres membres de l’équipe prennent le devant de la scène. C’est le passage obligé pour transformer un projet personnel en une véritable entreprise pérenne.
Foire aux questions (FAQ)
Quand faut-il recruter son premier salarié en CDI pour un business en ligne ?
Le recrutement d’un premier salarié devient pertinent lorsqu’un projet stratégique majeur, comme une expansion internationale, exige une implication et une expertise à plein temps qu’une équipe de freelances ne peut plus fournir de manière optimale.
« Il fallait vraiment trouver quelqu’un qui puisse intégrer l’équipe, qui soit là 35 heures par semaine et qui aide à développer le truc vraiment sérieusement quoi. Parce que bon c’est bien beau de bidouiller mais il faut être à la hauteur de ses ambitions. »
Comment financer le lancement de son site à l’international ?
Le lancement sur un nouveau marché, comme le marché anglophone, est souvent financé par les revenus générés par le marché principal existant. C’est un investissement à long terme où l’activité rentable soutient le développement de la nouvelle branche, qui ne génère pas de revenus au départ.
« Le côté anglais pour l’instant rapporte zéro. Donc en fait c’est tous les revenus français, tous les revenus qu’on génère en France qui font que et bien ça permet de financer l’anglais. »
Quel est le meilleur processus pour traduire un blog en anglais ?
Un processus efficace combine une première passe avec un outil de traduction automatique avancé comme DeepL, suivie d’une relecture et d’une optimisation manuelles par une personne native ou bilingue qui comprend la culture cible et la ligne éditoriale du blog. Il faut également adapter tous les visuels et références culturelles.
« On passe par un service qui s’appelle DeepL qui fait de la trad machine, donc ça nous fait une première passe. Et ensuite Cynthia de notre équipe bah relit ça et optimise parce que des fois ça fait des traductions littérales. »
Comment déléguer la création de contenu sans perdre en qualité ?
La clé est de créer des processus très structurés : un guide du rédacteur détaillé qui définit le ton et les standards, une étape de validation du plan avant la rédaction, et des relectures par des membres de l’équipe pour assurer la cohérence et ajouter la « patte » de la marque.
« On a constitué un guide du rédacteur qui reprend toutes les bonnes pratiques qu’on met dans nos articles. […] la première étape, c’est de faire un plan. […] on valide le plan et après si le plan est validé, tu passes à la phase de rédaction. »
Comment gérer une équipe de freelances entièrement à distance ?
Une bonne gestion d’équipe à distance repose sur des rituels de communication clairs (points hebdomadaires asynchrones sur Slack), l’utilisation d’outils de gestion de projet (comme Asana) et des points plus approfondis à une fréquence définie (appels trimestriels), le tout basé sur une culture de confiance et d’autonomie.
« Tous les lundis, on se fait un petit point sur les tâches qu’on prévoit de faire. […] Et tous les vendredis à 14h, débrief. […] Et après ce que je fais, c’est que tous les trimestres, je fais un appel avec chaque membre de l’équipe pour faire le point. »
Combien de temps faut-il pour qu’un blog devienne un business rentable ?
Il n’y a pas de règle fixe, mais l’expérience montre que cela prend plusieurs années de travail constant. L’adage des « 10 ans pour réussir » se vérifie souvent, même si des paliers de rentabilité peuvent être atteints bien avant.
« On dit souvent ça, […] il faut mettre 10 ans avant que ça commence à donner des résultats et tout ça. Et bah effectivement, 10 ans, c’est passé super vite, mais que de chemin parcouru. »
Faut-il s’engager financièrement à fond dans un projet d’expansion ?
Oui, un engagement financier fort, comme l’embauche d’une personne à plein temps, peut paradoxalement réduire le risque d’échec. Le faire « à moitié » avec des moyens limités conduit souvent à un projet qui stagne et finit par être abandonné, gaspillant l’investissement initial.
« Il vaut mieux payer une personne en CDI full time qui va s’en occuper, qui va vraiment avoir les yeux dessus que le faire à moitié […] ça décolle jamais et tu te retrouves au bout de 2 ans en disant est-ce que j’ai envie de continuer à payer. »
Comment le rôle du fondateur évolue-t-il avec la croissance de l’entreprise ?
Le fondateur passe progressivement d’un rôle de créateur et d’exécutant principal à celui d’un chef d’orchestre. Il se concentre sur la stratégie, le management, les processus et la vision globale, tout en déléguant les tâches de production pour permettre à la marque de grandir indépendamment de lui.
« Moi je suis plus là en coulisse à orchestrer le tout, tu vois, à donner des retours, à améliorer un petit peu mais je suis un petit peu moins sur le devant de la scène. »




