Choisir entre deux projets quand tu en as quinze en tête – voilà le vrai problème de l’entrepreneur multipotentiel. Pas le manque d’idées. Le trop-plein. Aurélie Gauthey, coach business et auteure du bestseller Née pour impacter (vendu à plus de 5 000 exemplaires dans le monde), a développé une méthode de décision qu’elle applique à ses propres projets avant de la partager à ses clientes. Ce n’est pas un framework de consultant. C’est une liste de questions qu’elle a construites en se plantant, en hésitant, en investissant 5 000 euros dans un livre dont elle ne gagne pas 100 euros par exemplaire. Et ça change tout à la façon dont on aborde la question.
Le truc, c’est que la plupart des entrepreneurs ne ratent pas par manque de talent. Ils ratent parce qu’ils lancent le mauvais projet au mauvais moment. Parce qu’ils confondent ce qui les fait kiffer avec ce dont leur entreprise a besoin. Et là, ça coûte – en temps, en énergie, en argent, en motivation d’équipe.
Alors comment trancher ? Comment choisir entre deux projets sans se laisser guider uniquement par l’enthousiasme du moment ?
Ce que personne ne dit sur les entrepreneurs à trop d’idées
Générateur d’idées. C’est souvent présenté comme une qualité, et ça l’est. Jusqu’au moment où tu te retrouves à jongler entre un agenda entrepreneur, un livre, un nouveau programme, une refonte de site et un lancement de challenge – simultanément. (Et c’est souvent là que ça coince, pas dans la phase de génération d’idées.)
Aurélie Gauthey n’est pas là pour te dire que tes idées sont mauvaises. Elle est là pour t’aider à arrêter l’éparpillement face au trop-plein d’idées – ce qui est un problème très différent. Un projet peut être brillant en soi et complètement inadapté à ta situation actuelle. C’est ça le vrai sujet.
Elle raconte :
«Je fais partie de la team agenda. Je kiffe les agendas. Je peux passer des heures dans le rayon agenda, aller regarder, aller feuilleter alors que j’achète toujours un agenda classique, simple pour noter mes rendez-vous mais je trouve ça beau.»
Ça, c’est de la passion pure. Et la passion, isolée du contexte business, ça déclenche des décisions qu’on regrette trois mois plus tard.
Alors elle a construit une grille. Pas un tableau Excel. Une série de questions à se poser honnêtement, avec une note de 0 à 10 – comme à l’école, dit-elle. Simple, brutal, efficace.
Les 10 questions pour choisir entre deux projets (la méthode complète)
La méthode d’Aurélie se déroule en trois blocs distincts. Ce n’est pas une checklist de consultant, c’est un interrogatoire qu’elle se fait à elle-même avant chaque décision importante.
Bloc 1 – La joie et l’alignement : est-ce que ce projet me met en joie, de 0 à 10 ? Est-ce qu’il répond à ma mission ou à ma vision ? Deux questions qui semblent évidentes jusqu’au moment où tu réalises qu’un projet peut scorer 9 sur la joie et 2 sur la mission.
Bloc 2 – La réalité opérationnelle, c’est là que ça plante pour beaucoup :
- Est-ce que ce projet va rapporter de l’argent à l’entreprise ?
- Est-ce qu’il est urgent dans les 3 mois à venir ?
- Est-ce que j’ai l’espace mental et l’énergie pour le lancer maintenant ?
- Est-ce que j’ai la capacité temporelle dans mon agenda ?
- Est-ce que je peux en déléguer une partie, ou la totalité ?
Bloc 3 – L’analyse bénéfices/inconvénients : quels sont les bénéfices de mettre en place ce projet dans les 3 mois ? Quels sont les inconvénients pour moi ? Et – détail que la plupart oublient – quels sont les inconvénients pour mon équipe ?
Cette dernière question change tout. Parce que souvent, le vrai coût d’une nouvelle idée, ce n’est pas ton énergie à toi. C’est l’énergie de ceux qui vont devoir l’exécuter avec toi.
Quand le kiffe personnel sabote la décision business
L’exemple de l’agenda, dans l’épisode, est un cas d’école. Aurélie Gauthey adorait les agendas au point de passer des heures en rayon papeterie. Elle avait imaginé un agenda entrepreneur avec les phases de la Lune, des plans d’action, du contenu à valeur ajoutée. Un vrai projet créatif. Et elle a dit non.
«Oui, ça me met en joie, oui, ça me fait kiffer. Oui, je peux en déléguer une partie, mais là, actuellement, l’équipe est déjà prise par un lancement, un challenge, l’équipe est déjà bouquée. Et en réalité, je me suis dit : est-ce que ça va rapporter de l’argent à l’entreprise ? Bah non, même si je gagne 1, 2 ou 3 euros par agenda, c’est pas ça qui va générer l’argent dont a besoin l’entreprise.»
Dit comme ça, ça paraît évident. Mais sur le moment, quand tu es dans l’enthousiasme d’une idée qui te tient à cœur, c’est loin d’être évident.
Et c’est exactement là que choisir entre deux projets devient un exercice de lucidité plus que de créativité. La question n’est pas «est-ce que cette idée est bonne ?» mais «est-ce que cette idée est bonne maintenant, pour moi, dans ma situation actuelle ?»
Ce n’est pas la même chose. Du tout.
Le livre à 5 000 euros : quand choisir entre deux projets, c’est aussi choisir le bon moment
L’autre exemple qu’elle donne dans l’épisode est encore plus parlant. Écrire un livre. Ce n’est pas une mauvaise idée – elle l’a fait, son livre Née pour impacter s’est vendu à plus de 5 000 exemplaires. Mais elle ne l’a pas écrit au lancement de son activité. Elle a attendu trois ans.
«Le besoin au début, c’est un besoin de générer de l’argent pour payer les charges de ton entreprise ou payer les équipes. Et une fois que tu as assez de revenus pour te sentir stable, là, tu peux te permettre d’ouvrir à d’autres projets. Parce que écrire un livre, ça m’a pris quand même du temps, de l’énergie, de l’argent à investir dans la couverture, dans la relecture, dans la mise en page, dans l’impression.»
5 000 euros investis. Des mois de travail. Et un retour financier direct quasi nul par exemplaire vendu. Ce n’est pas forcément une mauvaise décision – mais c’est une décision qui ne peut s’envisager que si la base financière est stable. Sinon, ça casse tout ce que tu as construit.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que beaucoup d’entrepreneurs auraient besoin d’entendre plus tôt – c’est que reporter un projet n’est pas l’abandonner. C’est le respecter assez pour lui donner les bonnes conditions. (Ce qui est rare comme posture dans une culture du «lancez vite, itérez»).
Sur ce point des blocages qui freinent les décisions, l’autosabotage et les croyances limitantes jouent souvent un rôle que la méthode d’Aurélie permet justement de contourner en rendant la décision rationnelle plutôt qu’émotionnelle.
La question bonus qui fait exploser tout le reste
Après les 10 questions, Aurélie garde une question en réserve. Intentionnellement à la fin. Parce que si elle la posait en premier, les autres ne serviraient à rien.
La question : «Si demain, j’avais plus de 10 000 euros qui tombaient tout seul sur mon compte en banque tous les mois – est-ce que je mettrais en place cette idée ?»
Brutale. Révélatrice.
Parce que beaucoup de projets qu’on croit vouloir lancer, on les lance en réalité pour une raison qui n’a rien à voir avec le projet lui-même. Pour prouver quelque chose. Pour compenser un manque de revenus. Pour répondre à une comparaison avec un concurrent. Et là, quand l’argent n’est plus une pression, la réponse change.
Aurélie explique :
«Qu’est-ce que ça vient nourrir ? Est-ce que ça vient nourrir un besoin de reconnaissance ? Moi c’était un petit kiffe personnel avec mon agenda. Le livre, ça venait nourrir un besoin de transmettre la foi du possible, quelque chose qui soit pas cher pour toutes les femmes dans le monde.»
Voilà. La vraie motivation. Pas le business plan. Pas la projection de revenus. Ce que le projet vient chercher en toi.
Et selon ce que tu trouves à cette question, la décision de choisir entre deux projets prend un sens complètement différent. Tu peux très bien décider de lancer un projet non rentable – à condition de savoir pourquoi tu le fais et d’avoir les ressources pour l’absorber.
Ce que cette méthode ne dit pas – et c’est important
Soyons honnêtes : cette grille de décision ne résout pas tout. Elle te donne de la clarté sur le moment présent, pas sur l’avenir. Un projet qui score mal aujourd’hui peut être parfaitement adapté dans 6 mois. Et inversement, un projet qui score bien sur tous les critères peut quand même mal tourner si l’exécution est bancale.
Mais c’est précisément ça qui est utile. Choisir entre deux projets n’est pas une décision permanente. C’est une décision contextuelle. «Ce n’est pas parce que je ne mets pas en place ce projet-là ce mois-là, qu’il est définitivement perdu à la poubelle», dit-elle – et c’est la partie que la plupart des entrepreneurs (surtout les multipotentiels, les HPI, les multipassionnés) ont du mal à intégrer.
La culpabilité de ne pas tout lancer tout de suite. La peur de rater la fenêtre. Le syndrome FOMO appliqué à ses propres idées. (Et là, si tu te reconnais dans ce pattern, il vaut le coup de regarder aussi comment la peur de réussir ou d’échouer vient bloquer tes décisions.)
Ce que la méthode propose, c’est de noter l’idée, de la mettre dans un classeur ou une liste, et d’y revenir quand le contexte a changé. Bref – traiter ses idées comme des actifs à activer au bon moment, pas comme des opportunités qui expirent.
Mais bon. La vraie difficulté, c’est de trouver la discipline pour appliquer ça quand une nouvelle idée géniale débarque un mardi matin et que tu as l’impression que si tu ne la lances pas cette semaine, c’est foutu. Et ça, aucune grille de questions ne résout complètement.
En attendant, si la question de la comparaison à la concurrence dans tes prises de décision te parle, c’est souvent une autre source de mauvais choix – indépendante de cette méthode mais tout aussi corrosive.
Et si tu veux creuser la question de la posture de chef d’entreprise derrière tout ça – comment affirmer ta posture de leader pour prendre de meilleures décisions – c’est une autre pièce du puzzle qu’Aurélie développe dans ses autres épisodes.
Choisir entre deux projets, finalement, c’est aussi choisir qui tu veux être en tant qu’entrepreneur. Et ça, c’est une question qui dépasse la grille de notation.











